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Point de vente collectif « Montagnes paysannes »

 

Le point de vente collectif « Montagnes paysannes », situé à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes), est une association de productrices créée en 2016, qui rassemble une quarantaine d’agricultrices et agriculteurs dans un territoire de montagne. Montagnes paysannes a été soutenu par la Région Sud, et par le programme européen LEADER.

 

Parole donnée à Agnès Papone, co-présidente du Point de vente collectif « Montagnes paysannes »

Pouvez-vous nous présenter le Point de Vente Collectif « Montagnes paysannes » ?
Montagnes paysannes, c’est un regroupement d’une quarantaine d’agriculteurs, qui représentent une grande diversité de productions, provenant d’un périmètre entre Châteauneuf-d’Entraunes et Villars-sur-Var : fruits et légumes, fromage de brebis, vache et chèvre, vin, volaille en plein-air, olives, confitures, miel… Nous avons aussi deux brasseurs, l’un à Grasse et l’autre à Valderoure.

L’idée initiale était de nous regrouper et mutualiser nos efforts afin de proposer nos produits aux habitants de nos vallées et de réduire le nombre de trajets de livraison sur la côte, ainsi que répondre à une demande locale pour des produits locaux qui n’étaient pas disponibles, sauf à faire le tour de toutes les fermes ou à se déplacer jusqu’à Nice.  Nous voulions créer des liens entre nous, et dynamiser notre territoire.

Le conseil de gouvernance du point de vente est composé de 9 femmes agricultrices : cela n’a pas été un choix délibéré, mais on s’est rendu compte que le travail d’organisation et de coordination était surtout réalisé par des femmes. Au sein du point de vente, on a des « associées » qui participent à l’organisation et des « dépôts-vendeurs » qui laissent leurs produits mais ne participent pas aux permanences.

« Montagnes paysannes » est l’exemple d’une mobilisation collective d’agriculteurs. Comment avez-vous fait pour vous structurer ? Cela a-t-il été facile ?
Avant la création de Montagnes paysannes en 2016, il existait sur place un GEDAR (Groupe d'Étude et de Développement Agricole et Rural) et un Syndicat Agricole. En 2010, avec leur appui, nous avions monté un premier collectif « Bio d’ici » sous forme de coopérative. Puis on s’est rendu compte que ce n’était pas adapté. On était beaucoup trop petit. On a également fait le constat qu’on ne pouvait pas répondre qu’avec du bio à la demande et que certains produits de notre territoire n’existent pas en bio. Notre GEDAR Provence d’Azur et le Syndicat Agricole de la haute vallée du Var cherchaient à développer un point de vente.  Avec l’aide de l’animatrice financée par la Région, nous avons fondé un collectif composé du GEDAR, du Syndicat, et de l’association toute nouvelle Montagnes Paysannes. Grâce à l'intervention et aux précieux soutiens d'élus de la Région nous louons nos locaux à la Régie des Chemins de Fer de Provence ce qui nous permet d'être dans un lieu très visible et reconnu, qui historiquement était une halle aux marchandises avant de devenir une maison de pays, et enfin notre collectif d'agricultrices.
Afin d’ouvrir à plus de producteurs, on a donc fait le choix d’un point de vente plus souple, mais avec une charte exigeante.

Il ne faut surtout pas sous-estimer la charge de travail qu’implique de monter un collectif, puis de l’entretenir, et de le faire vivre. Il faut se donner les moyens de s’entourer de groupes comme « Trame » [association nationale de développement agricole et rural], et de faire des formations continues. Toute notre activité serait impossible sans le travail peu connu mais essentiel du Service de Remplacement des Alpes Maritimes, qui nous permet d’être remplacées lors de nos formations, les congés maternités, nos réunions et nos travaux de développement du collectif. Soutenu en partie par la Région et le Département, le SRAM gère aussi pour nous l’embauche de nos salariées ce qui réduit sensiblement notre charge administrative.

Il y a un certain temps, il y a eu de nombreux financements, au moins dans les Alpes-Maritimes, si bien que tout le monde a monté des initiatives à l’échelle individuelle (salles de découpe par exemple). Maintenant que les fonds se restreignent, on a besoin de travailler en réseau ou en collectif mais on ne sait plus toujours le faire. Il va falloir réapprendre. A titre d’exemple, une plateforme vient d‘être créée, « 06 à table », pour fournir la restauration hors domicile. Si on pouvait se regrouper entre nous, cela serait beaucoup plus facile d’y participer. Actuellement, chacun achète son camion-frigo, fait ses trajets et livre de son côté. Alors que si on réfléchissait en amont, on pourrait créer des collectifs d’agriculteurs pertinents. L’aide d’un animateur ou d’une animatrice est alors très précieuse : avec 36 000€ par an, on peut faire de la vraie structuration ! Sans notre animatrice, nous n’aurions jamais pu créer notre groupement.

Quelle est votre situation économique ?
On aurait pu avoir un essor économique plus important, mais on est freinés par deux aspects :

  • Le manque de fruits bio ou non traités dans notre territoire alors que la demande des consommateurs va vers ces produits.
  • L’absence de salle de découpe de viande (même si nous avons un abattoir). Pour nos apporteurs de viande, une partie importante du coût est liée à la découpe. La viande est généralement l’un des plus gros apports financiers d’un point de vente collectif, ce qui n’est pas le cas chez nous.

Pour certains de nos producteurs, le point de vente est le principal débouché économique, pour d’autres, c’est les 2/3 de leur production ; de mon côté, environ un tiers de la production est vendu dans le magasin.

Montagnes paysannes a été soutenu financièrement par la Région et par le fonds européen LEADER (GAL Alpes et Préalpes d’Azur). Que cela vous a-t-il permis de financer ?
Nous avons d’abord été financés par la Région, pour le salaire de l’animatrice du Collectif Gedar qui nous a permis de nous constituer. Nous avons également eu un autre financement de la Région, via le CRET (Contrat Régional d’Equilibre Territorial), qui nous a permis de financer l’achat de l’ameublement et des vitrines réfrigérées.

Puis le financement LEADER nous a été accordé, essentiellement pour nous aider sur la communication et en partie pour financer notre salariée pendant deux ans. Le taux d’intervention de LEADER étant de 90%, cela était du pain béni. Sans LEADER, nous n’aurions pas eu l’audace d’embaucher une salariée sur autant de temps.
       
Les négociations de la prochaine Politique Agricole Commune ont commencé. Si vous aviez un souhait d’évolution après 2020, quel serait-il ?

En mon nom propre, étant maraîchère bio, j’aimerais que soient plafonnés les montants distribués par entité, j’aimerais qu’on ne verse pas de fonds à des institutions ou des entités qui versent des dividendes à des actionnaires, et j’aimerais que la motivation première de la distribution des fonds de la PAC soit la création d’emplois et non pas l’occupation des surfaces. 

Je constate qu’il y a énormément de freins à l’innovation. Autour de nous, il y a de nombreux terrains inoccupés ou uniquement fauchés pour avoir l’aide européenne. Ces espaces pourraient être dédiés à l’installation, dans un territoire où l’on manque cruellement de foncier et d’offre locale.                                                                                                                                                                           

Le programme LEADER après 2020 : comment devrait-il être ?
Il devrait être beaucoup plus simple. On a demandé seulement 30 000€, et n’avons toujours pas reçu notre subvention. On a l’impression que l’administration et la gestion prennent trop de place.
Après 2020, il faudrait aussi imaginer un programme qui aide à libérer les territoires. Autour de nous, de nombreux terrains ne peuvent pas être utilisés car ils sont en déshérence et sans maîtres. Il faut mettre les terrains à disposition de ceux qui ont des projets. Il nous faut des innovations sur le foncier, tel que cela a pu être fait à Mouans-Sartoux ou ce qui est proposé à Saint Jeannet. Dans notre territoire, nous avons une richesse énorme, on a un moyen de produire, il nous manque l’entremise, il faut créer une meilleure interface entre le foncier et de potentiels agriculteurs.

Autre sujet, le tourisme et l’agritourisme. Pourquoi en France n’avons-nous pas de l’agritourisme comme en Italie ? En Italie, cela a permis de sauver bien des campagnes de la désertification : les agriculteurs bénéficient d’un revenu diversifié, et valorisent leur territoire. Ce dont rêve le consommateur, ce n’est pas une grande ferme avec 1000 vaches ! L’idéal de chacun, c’est des petites fermes familiales, même la grande distribution l’a compris et communique dessus.

Un mot aussi sur la formation. On a récemment financé une formation en communication sur nos fonds propres, ne trouvant pas les moyens de le faire par Vivéa. Un financement européen ou régional pourrait vraiment être utile sur le sujet. Cela aiderait à faire perdurer des collectifs d’agricultrices et d’agriculteurs.


Sur votre territoire, avez-vous des difficultés en termes de couverture numérique ?

Absolument. Plusieurs de nos productrices n’ont pas Internet, certaines sont en zone blanche ! Nous avons un village, Sigale, où ils n’ont pas de couverture réseau de téléphonie. On fait des formations à distance, des MOOC… il faut être connecté pour se former, s’informer, se mettre en réseau !
 

 

La Région et le FEADER financent les magasins de producteurs et les circuits courts

La mesure 4.2 du FEADER « Investissements dans les industries agroalimentaires » permet notamment de financer les investissements pour la commercialisation et la transformation des produits agricoles issus de la production agricole régionale, tels que des magasins de producteurs portés par un groupement d’agriculteurs.
+ d’infos : ici 

La mesure 16.4 du FEADER « Mise en place de nouveaux modes de distribution en circuits d’approvisionnement courts » a pour objectif de soutenir la coopération autour de projets structurants, en favorisant l’émergence de nouveaux modes de commercialisation en circuits courts et en soutenant le développement de l’approvisionnement court de la restauration hors domicile
+ d’infos : ici

Le programme LEADER permet de financer des projets innovants dans les territoires ruraux, notamment sur le champ des circuits courts et de l’alimentation. Les 12 Groupes d’Action Locale de la région Sud lancent régulièrement des appels à projets sur ces thèmes.
+ d’infos : ici

Le réseau régional des magasins de producteurs

Un magasin de producteur est une boutique gérée et approvisionnée par un collectif d’agriculteurs locaux. Chaque magasin propose une gamme de produits de consommation courante issus des fermes associées. Les producteurs sont régulièrement présents à la vente pour assurer le lien avec les consommateurs, aidés souvent de salariés. Les produits sont vendus directement par les agriculteurs, sans intermédiaire commercial.
La structure collective vend pour le compte des fermes associées et prélève une commission sur les ventes pour couvrir les charges de fonctionnement du magasin.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les magasins de producteurs se sont regroupés en réseau régional, dont les actions sont mises en œuvres par l’association « Trame ». Ils ont défini des critères communs, sur lesquels les magasins se sont engagés. L’association Trame est financée par la Région Sud pour cette action de mise en réseau.

+ d’infos sur le réseau régional des magasins de producteurs : ici